Conférence improvisée sur le Retablillo de Don Cristobal de Federico Garcia Lorca

Le Retablillo, cette farce pour guignols grandeur nature, a de tout temps constitué une énigme pour les praticiens et les théoriciens du théâtre lorquien (ou lorchien, ou encore lorcuique selon les sources et l’humeur de ce petit enfant de s… de Gustave Tienes, qui fait référence sur ces questions, en dépit de sa situation familiale trouble), une énigme, disions-nous avant d’être interrompus par cet en… de Tienes, une énigme en raison de sa très grande vulgarité.


Face à la gageure d’expliquer cette mise en retrait de tout ce qui fait le bon goût et le raffinement du grand barde espagnol, la conjonction de la Compania de la Nueva Barraca, héritière des expériences de théâtre populaire sous la Seconde République espagnole, de l’Institut catalo-andalou d’études théâtrales contemporaines, de la Mission ornithologique des Canaries et de l’inévitable Gustave T…*, réalisée pour votre édification et votre joie par le Théâtre des Lunes errantes, ne sera pas de trop.

*Nom censuré pour insanité

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Judith sive Bethulia liberata – La nuit et son double, article de Lionel Brun

Judith sive Bethulia liberata – La nuit et son double

Quel étrange parallèle. À la première nuit tombée, Judith prie.  À la seconde, elle décapite un homme.  Aux deux instances son Dieu est présent, à « l’heure de l’encens du soir ».  Cette expression des éditions modernes de la Bible, l’histoire sacrée la consacre comme le moment où les hommes ont dans leurs jeux le pouvoir de convoquer la divinité.

L’oratorio est ramassé en un demi-carême, où la Bible se donne jusqu’à une quarantaine de jours. Cette durée a elle-même un étiage, car les vingt premiers sont le jeûne forcé des Israélites enfermés dans Béthulie, dont les affres manquent à la représentation. De fait, une fois le siège installé devant la ville, nous sommes transportés aux deux jours et deux nuits où se concentre l’action.

Commence le jour. Dieu est d’abord invoqué par les habitants assoiffés, affamés de Béthulie au premier jour de l’action ; très-évidemment sans effet. Les Israélites sont loin de Dieu, le savent assez (« Nous avons péché, nous avons agi injustement, nous avons commis l’iniquité »), mais s’en éloignent encore plus, car ils réclament la mort et elle seule. Le premier d’entre eux, Ozias, croit pouvoir transiger et attirer l’attention de Dieu avant cinq jours – un délai, des jours supplémentaires, mais l’action est lancée et les voies divines, si elles ne sont pas un fatum, ne sauraient faire l’objet d’une transaction.

La nuit, elle, appartient à Judith. Elle le rappelle avec force aux Israélites, en se proposant d’agir (« et moi cette nuit » dans le livret), indubitablement sans eux (là où la Bible leur donnait une part hors du jour « disposez-vous aux portes ce soir »). Seule, la nuit venue, elle revêt des habits de deuil et prie. Elle si sûre face aux habitants de Béthulie, mâle incarnation biblique de la certitude sans réplique, prie Dieu de lui accorder la puissance qui lui fait défaut. La nuit permet, devant Dieu, baissant la garde des préjugés, d’accepter le contraste d’une faiblesse résolue. Sa résolution signe une première victoire, qui lui fait revêtir des vêtements de fête. — —

La cantilène s’est achevée et Charpentier note, en français, « La nuict ». C’est l’unique symphonie de l’histoire sacrée, la voix humaine s’absente devant la retenue d’abord mystérieuse, comme de hiboux roulant les yeux, des « flutes et viollons » superposés. Puis, lorsque tout semble avoir fui, un chant conjoint s’élève au dessus avant d’atteindre la basse, totalisant tout le spectre sonore dans un grave roulement, roucoulement. C’est Dieu. —

Puis le second jour vient et les manigances terrestres. C’est l’aube dans la Vulgate et déjà l’aurore dans l’oratorio. « Près du lever du soleil », Judith se rend dans le camp assyrien et est arrêtée, comme si la lumière éclatante restaurait le doute de son élection, en une dissection âpre de chaque instant. Dans l’histoire sacrée, tout se tient dans cette journée tressautante d’images, quand la Bible donne à la présence de Judith dans le camp une habitude de plusieurs jours.

« Pourtant » la nuit unique se fait. Elle efface la joie fugace d’Holopherne dans sa soûlerie amoureuse. Sourdement, l’horizon se réduit au regard inquiet de qui veille et ne voit alentour que sa main écartant les ténèbres. L’heure tardive relie l’obscurité comme un entrelacs de cordes, elle mêle et coagule les apparences, laissant Judith libre d’agir. Elle agit, mais comme magnanime face à sa figure jusque-là bénigne, l’action ou Dieu laisse la place à la servante, le double vieilli de Judith, sans virginité morale à défendre, sans bénévolence. Dans l’œuvre de Marc-Antoine Charpentier, Judith n’est plus la figure de la violence mais de la confiance en Dieu. C’est la servante que l’histoire sacrée laisse seule se dégrader de l’atrocité réelle, décoller. Il fallait que ce fût fait, mais la sensibilité moderne veut déjà nuancer le caractère féroce du livre de Judith. Cette dernière reste sans tache visible, conserve à elle l’indignation fidèle – aujourd’hui, la considèrerait-on moins redoutable ?

Passée cette page sombre et mélangée, l’oratorio imagine une échappée poétique. — La Bible fait regagner à Judith et sa servante la ville à travers le camp, Charpentier y adjoint le silence, un silence de musique. La mélopée se poursuit, mais on ne voit plus, dans le lointain nocturne, que deux silhouettes ténues et mutiques, la ligne chantée ne servant qu’à décrire le dos des collines qu’elles gravissent et contournent. C’est le geste de la nuit, que nous reprenons comme un signe soudain de l’humilité de celui qui croit voir Dieu dans l’obscurité. S’il est sincère, c’est toujours cette surprise.

L’épilogue propose une dernière illustration de la place nocturne accordée au divin dans la pièce, comme un paradoxe assumé jusqu’à la fin. Parvenue aux murs de Béthulie, Judith éveille les habitants qui se réunissent autour d’elle « allumant des flambeaux ». C’est ce moment qu’elle choisit, entre la ferveur de l’instant du réveil et l’incompréhension qui persiste parmi les Israélites, pour faire entonner un hymne à Dieu, environné d’un recueillement triomphal. C’est avant l’avantage au petit matin, lorsque les Assyriens verront la tête de leur général aux remparts, que les hommes goûtent la vraie victoire.

La serée

Le temps est de cendre, éparse au vent,

Une poudre horrifique,

Le temps est de cendre d’encens,

Un voile moire et modèle la nuit

Le temps est au soir une cendre d’encens.

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JUDITH, oratorio baroque de Marc-Antoine Charpentier et prologue contemporain de Christophe Belletante sera joué le 22 juin à 16h à la Chapelle de l’Agneau de Dieu (Paris 12), les 23 et 30 juin à la Basilique Sainte-Croix des Arméniens (Paris 3).

 

 

 

Nouveau spectacle des Lunes errantes: Judith, les réservations sont ouvertes!

Après TRISTAN, venez découvrir JUDITH, oratorio de Marc-Antoine Charpentier et prologue de Christophe Belletante sur un poème de Lionel Brun, mis en scène par Lionel Brun et Cécilia Roumi

Vidéos teasers du spectacle dans l’onglet « Vidéos »

Réservations conseillées pour la représentation du 22 juin: reservations.judith@yahoo.fr ou sur http://www.billetreduc.com/116556/evt.htm?nr=1, entrée libre

 Et pour l’achat des places des 23 et 30 à la Cathédrale Sainte-Croix : http://www.billetreduc.com/116564/evt.htm?nr=1

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Le 22 juin à 16h à la chapelle de l’Agneau de Dieu, Paris 12e
Les 23 et 30 juin à 20h30 à la cathédrale Sainte-Croix des Arméniens, Paris 3e

Avec: Adrien Alix, Arthur Baldensperger, Claude Brun, Lionel Brun, Tatsuya Hatana, Anne Herrscher, Lancelot Lamotte, Nadia Madaoui-Pamiès, Julie Petit, Chloë Richard-Desoubeaux, Camille Ravot, Nicolas Rosenfeld, Cécilia Roumi, Jeanne Truong.

Décors de Clotilde Debure, Olivia Giboz, Maxime Bouchez

Costumes de l’association Al-Rowwad

 

Prochain spectacle: JUDITH, oratorio de M-A Charpentier et prologue de Christophe Belletante

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Judith

Oratorio baroque de Marc-Antoine Charpentier

Prologue contemporain de Christophe Belletante

Mise en scène : Lionel Brun et Cécilia Roumi

Lumières : Ludovic Heime

Héroïne juive, femme castratrice et virile, Judith représente sans doute le plus grand fantasme de la femme guerrière, de Gustav Klimt à Michel Leiris. Sauvant Béthulie des perfides Assyriens en séduisant le chef ennemi, Judith ira jusqu’à couper la tête d’Holopherne dans son sommeil. Elle sera accueillie par les fidèles Israélites dans un triomphe exalté. L’oratorio de Marc-Antoine Charpentier, dans toute son âpreté, interroge les limites de la guerre de défense et la moralité d’une victoire si savamment orchestrée par une femme. La musique ancienne, alliée au texte latin, donne à entendre une forme inédite de représentation : l’oratorio. Gestuelle baroque et éclairage à la bougie subliment la violence du désastre, dans une perspective intimiste et spirituelle.

Le 3 mai à 17h à l’église Saint-Martial, Orban
Le 3 mai à 20h30 à l’église Saint-Salvi, Albi
Le 4 mai à 16h au festival « Oh les beaux jours ! », Martres-Tolosanes
Le 22 juin à 16h à la chapelle de l’Agneau de Dieu, Paris
Le 23 et le 30 juin à 20h à la cathédrale Sainte-Croix-des-Arméniens, Paris

La vidéo teaser du spectacle est disponible sur le site http://www.luneserrantes.wordpress.com/videos/

Avec: Adrien Alix, Arthur Baldensperger, Adrien Bâty, Claude Brun, Lionel Brun, Anne Herrscher, Lancelot Lamotte, Nadia Madaoui-Pamiès, Julie Petit, Camille Rancière, Camille Ravot, Chloé Richard, Nicolas Rosenfeld, Cécilia Roumi, Jeanne Truong.